
NAISSANCE ET PREMIÈRES ANNÉES
C'est à Sainte-Rose que naquit, le 24 novembre 1833, celui qui devait devenir trente-cinq années plus tard curé de Saint-Jérôme, apôtre de la colonisation et... Roi du Nord. C'est là, aussi, qu'il a grandi et qu'il a reçu son éducation première.
De 1844 à 1852, le jeune Antoine Labelle est élève au Petit Séminaire de Sainte-Thérèse. J'ose croire que, comme bien d'autres, il a dû se classer parmi les «premiers de classe»!
À ce même Séminaire il étudiera la théologie durant trois années, tout en enseignant aux élèves du cours classique. Mais avant de recevoir l'ordination sacerdotale il ira compléter sa formation théologique au Grand Séminaire de Montréal.
SON ORDINATION SACERDOTALE
Le 1er juin 1856, l'abbé Antoine Labelle recevait l'ordination sacerdotale dans la petite église de Sainte-Rose, des mains de Son Exc. Mgr Pinsonnault, évêque de Kingston.
Il suivra ensuite la filière en usage dans le diocèse de Montréal, c'est-à-dire qu'il devra être vicaire avant de devenir curé.
ANTOINE LABELLE, VICAIRE
On trouve le jeune abbé Labelle vicaire, dès sa première année de prêtrise, à la paroisse du Sault-au-Récollet. Il y passera trois années, soit de 1856 à 1859. En 1859, il sera transféré à la paroisse Saint-Jacques-de-Montcalm, mais il n'y restera que trois mois. Une cure l'attendait.
SA PREMIÈRE CURE
Le vicaire de Saint-Jacques fut donc nommé, en 1859, curé de la paroisse Saint-Antoine-Abbé, dans le comté de Huntingdon. Il en fut le premier curé. Si ce n'est pas en son honneur que fut nommée la paroisse, c'est tout de même une heureuse coïncidence que le titulaire de la paroisse soit précisément le patron du curé fondateur, Antoine.
À cette époque, la paroisse Saint-Antoine-Abbé relevait de la juridiction de l'archevêque de Montréal. La fondation du diocèse de Valleyfield ne se fera que plus tard, en 1892.
La paroisse Saint-Antoine-Abbé s'apprête (au moment où nous écrivons ces lignes, en 1983) à célébrer en 1984 ses 125 années d'existence. On évoquera, sans doute, la belle figure du fondateur, le curé Antoine Labelle.
SAINT-BERNARD-DE-LACOLLE
En 1862, le curé Labelle fut transféré à la paroisse Saint-Bernard-de-Lacolle, tout près des lignes américaines. Cette dernière précision nous aidera à expliquer certaines luttes que le curé Labelle dut soutenir, surtout contre les Fenians... Elle nous permettra aussi de comprendre l'acharnement de ce même curé à «garder chez nous» les nôtres. De Lacolle, il avait vu tant de jeunes «traverser les lignes» pour aller chercher aux États-Unis, de l'ouvrage.
CURÉ DE SAINT-JÉRÔME
Le 15 novembre 1868, l'abbé Antoine Labelle était nommé curé de la paroisse Saint-Jérôme, au portique des Laurentides.
Le curé Labelle passera vingt-deux années de sa vie - 22 ans, 1 mois et 19 jours - au service de cette paroisse, au développement de laquelle il s'emploiera de toutes ses forces. C'est qu'il a à cœur le bien-être de ses ouailles, tant matériel et spirituel.
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La paroisse deviendra donc sous l'impulsion du curé Labelle, un centre de vie paroissiale, elle se développera au point de vue économique par l'implantation d'industries, elle deviendra comme la porte d'entrée d'un immense territoire que le curé Labelle ouvrira à la colonisation. Saint-Jérôme, à cette époque, comptait à peine 3 500 habitants. Le curé Labelle n'a pas tardé à se faire connaître. Dès le premier dimanche, il fit bonne figure. Évidemment, il était différent des curés précédents... par la taille -- il mesurait six pieds et deux pouces -- et aussi par la force de sa voix. Il s'est aussitôt révélé l'homme du bon Dieu qui venait dans cette paroisse pour travailler au bien des âmes.
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Références: Les Griffonnages de Mgr Paul Labelle, Mes propos sur le curé Labelle, Vol. 1, 16 septembre 83
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Le curé Antoine Labelle (1868 - 1891)
Douze ans après mon ordination sacerdotale, j'étais nommé curé de Saint-Jérôme. Lorsque Monseigneur Bourget m'offrit ce poste, il me dit: «Saint-Jérôme est une ville bien balancée, possédant une élite remarquable et considérable pour une population clairsemée».
J'ai vite compris le message. Je m'y suis appliqué avec force, courage et humilité. Rendu sur place, j'ai rapidement découvert les richesses géologiques, économiques et surtout humaines de cette région.
Je me suis d'abord occupé du bien spirituel de mes fidèles. Mais j'ai constaté que la région possédait une richesse matérielle inexplorée et que je me devais d'inciter les gens du milieu à découvrir et développer ce vaste territoire des Laurentides.
J'organisai des expéditions d'exploration. J'ai participé personnellement à une trentaine d'expéditions. Nous avons découvert des essences forestières d'un rendement sûr; avons repéré des terres fertiles et trouvé des minerais. Je souffrais de voir s'exiler vers les États-Unis une multitude de compatriotes. Je voulais changer toutes les épinettes du nord et de la vallée de l'Outaouais en autant de colons.
J'ai convaincu des industriels de venir s'établir dans la région. J'ai fondé une soixantaine de paroisses dans les Laurentides. J'ai organisé une corvée pour venir en aide aux gens pauvres de Montréal en faisant livrer du bois de chauffage par les cultivateurs. J'ai réussi à convaincre les gouvernements du bien-fondé d'un chemin de fer. C'était essentiel pour le développement économique de la région.
J'ai rêvé de faire construire une grande église qui deviendrait éventuellement une cathédrale. Les paroisses que j'avais fondées étaient trop loin de Montréal. Il devait y avoir plus près d'elles un évêque. J'y croyais tellement que dans mon testament j'ai légué certains de mes biens au futur évêque de Saint-Jérôme.
Et maintenant, voyez la suite...
Antoine Labelle, curé
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